Luc Ferry « la révolution de l’amour »."les trois traits caractéristiques du temps présent"

Publié le 20 Juillet 2012

Texte tiré du livre de Luc Ferry « la révolution de l’amour ».

on peut être d'accord ou pas avec cette approche, mais elle est certainement à "méditeré.

« Les trois traits caractéristiques du temps présent »

Le premier trait réside sans nul  doute, sur le plan moral, intellectuel, politique culturel et même spirituel dans cette formidable « déconstruction » des valeurs traditionnelles, elle-même alimentée par une critique du passé comme on n’en avait sans doute jamais connu dans l’histoire de l’humanité. C’est elle, bien entendu, qui nourrit le plus sûrement le flot pessimiste que j’évoquais en commençant. Car, c’est vrai, notre univers contemporain, qu’il s’agisse de l’art, de la morale, de la condition des femmes, de ce que les historiens appellent « la fin des paysans », du patrimoine ou du respect des maîtres à l’école, a connu des métamorphoses d’une rapidité et d’une profondeur sans précédent. Comment ne pas être affecté, quand bien même on considèrerait certains des espaces d’émancipation ainsi libérés (notamment s’agissant des femmes) d’un œil positif ? En apparence, ces changements furent l’effet de contestations multiples, elles-mêmes héritières de l’idée révolutionnaire : c’est au nom de « la vie  de bohème », comme dans la chanson d’Aznavour, qu’on a voulu faire table ras du passé et des traditions pour inventer un monde neuf, des utopies où il ferait enfin bon vivre. Aventure à la fois funeste, sans doute, mais surtout passionnante et séduisante dont je retrace ici – j’espère que mon lecteur partagera mon enthousiasme- quelques moments particulièrement forts depuis 1830 .

A première vue donc, la déconstruction aura été l’œuvre de l’avant-garde, le fait de jeunes « contestataires », bohèmes, soixante-huitards avant la lettre si l’on veut, plutôt de « gauche », en tout cas révolutionnaires, animées par la conviction proprement idéaliste que « la vraie vie est ailleurs »…. La réalité, comme on verra de manière argumentée est assez différente. Si l’on ne s’en tient pas aux seules apparences, il faut bien admettre que le véritable moteur de l’histoire récente ne fut pas la contestation bohème, mais le capitalisme, dont le visage moderne a pris un nouveau nom, celui de « mondialisation », qui ne doit pas nous égarer : c’est bien toujours du « Grand Capital » et de ses avatars qu’il s’agit. On ne comprend rien au XXème siècle si l’on ne perçoit pas que sous les pavés, il n’y avait nullement la plage…, mais bel et bien la « globalisation » libérale, et ce pour une raison évidente, qu’il est impossible de négliger plus longtemps dans l’analyse du temps présent : il fallait tout simplement, que les valeurs traditionnelles fussent déconstruites par des bohèmes pour que nous puissions entrer dans l’ère de la consommation de masse sans laquelle l’économie mondiale ne pourrait pas « tourner ». Le raisonnement qui sous-tend cette assertion pourrait se formuler de la façon suivante : plus on possède de valeurs culturelles, morales et spirituelles fortes et stables – ce que les psychanalystes désignent depuis Freud sous le nom de « sublimation »-, plus on a une « vie intérieure riche », moins on est soumis à la logique addictive du manque qui pousse toujours irrésistiblement à une consommation débridée. La désublimation liée à la monté en puissance de la société individualiste, hédoniste et ludique que favorise nécessairement l’économie capitaliste engendre ainsi des attitudes consuméristes qui tournent parfois, à l’approche des fêtes notamment, à la pure frénésie. Comme des enfants qui jettent leurs jouets trois jours après Noël, nous éprouvons le besoin irrépressible de changer de vêtements, de portable ou de voiture dès que la lassitude nous prend. On dévore alors magazines et revues qui nous présentent les différentes nouveautés sous les dehors les plus attrayants et nous adorons rêver nos achats avant de les réaliser – la réalisation étant presque inévitablement suivie, sinon de la déception, du moins d’une nouvelle lassitude dont la vitesse de reproduction est sans doute variable, mais dont le terme n’est pas moins certain. Seules des valeurs fortes et des idéaux à long terme pouvaient freiner cette logique aussi divertissante que destructrice : il fallait, qu’ils fussent, au sens propre du terme, liquidés, liquéfié, pour que la consommation se fluidifie elle aussi d’un même mouvement.

La mondialisation libérale fut donc le vrai moteur d’une histoire de la déconstruction des traditions qu’à droite comme à gauche des hommes ont écrite sans savoir l’histoire qu’ils écrivaient. Les bohèmes croyaient détruire la société de consommation qu’ils jugeaient vulgaire et aliénante, les bourgeois les détestaient pour la peur qu’ils leur inspiraient, jusqu’à ce que les deux comprennent enfin qu’ils travaillaient en vérité dans le même sens, celui de la mobilité à tout prix, du changement permanent, de l’innovation pour l’innovation sans laquelle une économie plongée dans la compétition mondiale ne peut tout simplement pas s’épanouir. Réconciliation imparable, in fie, du bourgeois et du bohème dans la figure du « bobo » qui pense, si l’on en croit la chanson « comme un anarchique et vit comme un millionnaire »

Or cette mondialisation devait, au passage, priver les politiques nationales d’à peu près tous les leviers d’action qui les rendaient crédibles encore du temps du Général De Gaulle et de l’Europe des nations. Dépossession démocratique et impuissance publique croissante face à des processus mondialisés, l’émergence d’une introuvable « gouvernance  mondiale », celle-là même dont rêvent aujourd’hui les artisans du G 20 sans parvenir à lui donner corps autrement que de manière fugitive et embryonnaire : tel est dans nul doute le deuxième trait le plus marquant de la fin du XXème siècle, le phénomène d’impuissance publique liée au fait que les leviers de la politique nationale ne lèvent plus grand-chose dans le nouveau cadre global …..

Le troisième trait reste encore à penser, car la mondialisation aura eu, sur le plan intellectuel et moral, deux effets paradoxaux. Le premier, je viens de l’évoquer, c’est la déconstruction des valeurs et des autorités traditionnelles. Mais le second va presque à l’inverse, je veux dire qu’il pousse à « la reconstruction », voir au ré enchantement du monde. Sous l’effet de l’histoire du salariat qui impliquait, on verra plus loi comment, une émancipation des individus par rapport aux structures communautaristes traditionnelles des villages du Moyen Age, une nouvelle forme de vie amoureuse et familiale est née, fondée non plus sur le mariage de raison, mais sur l’invention du mariage d’amour et de l’union librement choisie. Histoire passionnante, elle aussi….. car c’est bien cette forme nouvelle conférée à la passion la plus ancienne de l’humanité qui fait à mes yeux la tonalité essentielle de l’époque. L’amour, je dirais même « l’amour de l’amour », est la chose du monde la mieux partagée aujourd ‘hui, ce que chacun recherche le plus, de la standardiste au chef d’entreprise….. c’est lui encore pour des raisons de fond que nous tentons ici de démêler, qui, donnant du sens dans nos vies, appelle comme en contrepoint de nouvelles formes de sagesse et de spiritualité…..

 

Rédigé par Marie Jose A

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clovis simard 11/09/2012 04:14

Blog(fermaton.over-blog.com),No-8. - THÉORÈME SACRÉ. - La pensée moderne ?