Le meilleur de soi - rencontre avec Guy Corneau

Publié le 23 Avril 2011

Le meilleur de soi - rencontre avec Guy Corneau

Psychanalyste diplômé de l’Institut Carl Gustav Jung de Zurich, auteur et conférencier de réputation internationale, Guy Corneau a donné des centaines de conférences et animé de nombreux ateliers de développement personnel dans diverses parties du globe.

 

Personnalité médiatique, particulièrement au Québec, où il a participé à plusieurs magazines télévisuels, et où il a été souvent invité à la radio et à la télévision, pour son expertise en tant que psychanalyste et penseur, il a de plus animé deux séries d’émissions hebdomadaires intitulées «Guy Corneau en toute confidence» et «Guy Corneau en atelier».

Engagé socialement, il est le fondateur des Réseaux Hommes Québec et Femmes Québec, dont la formule s’est répandue dans plusieurs pays francophones. Il est enfin l’instigateur des Productions Coeur.com, organisme qui regroupe des artistes et des thérapeutes dont la vocation est d’allier la compréhension psychologique et l’expression créatrice dans une perspective d’ouverture du cœur.

C’est en mars 2007 que son cinquième titre, «Le meilleur de soi», a été édité chez Robert Laffont, après avoir été publié aux Éditions de l’Homme, au Québec, en janvier 2007.
C’est dans sa résidence de Montréal que notre rédactrice l’a rencontré.

MdG : Votre dernier titre : «Le meilleur de soi» nous touche profondément. C’est, dites-vous, un voyage intérieur, à la rencontre «de la partie la plus lumineuse et la plus vivante en soi». Selon vous, quelle est cette partie ?

Guy Corneau : Chaque être humain est animé par une pulsion de vie universelle et habité par une essence créatrice, l’âme, qui définit son individualité. Mais sa lumière intérieure, qui est comme un diamant, se trouve souvent voilée par les attitudes prises devant les difficultés de l’existence. Cette pulsion vitale, on la remarque partout dans la nature où des formes se créent sans cesse, comme de nouvelles plantes, de nouvelles planètes, etc. Je pense que le vrai bonheur consiste à prendre conscience qu’on est lié à cette pulsion fondamentale, beaucoup plus qu’on ne le croit.

MdG : Alors, vous pensez que le visible et l’invisible forment un tout ?

Guy Corneau : Absolument, c’est un tout indissociable. Nous avons des sensations et des émotions qui nous semblent très concrètes, pourtant qui a déjà vu une sensation ou une émotion ? Elles sont invisibles et subtiles, mais pourtant bien vivantes. Or, même si elles déclenchent un processus biochimique, il reste très clair pour chacun qu’une pensée est tout à fait immatérielle. Le subtil et la matière plus grossière sont donc fortement liés.

MdG : Croyez-vous que si on émettait par exemple des pensées joyeuses, on recevrait de la joie en retour ?

Guy Corneau : Oui, mais pour ma part, je pense qu’il y a des limites ; il est vrai que tout ce qu’on rencontre dans l’univers nous renvoie l’image de notre univers intérieur.
Je pense que la pensée mentale a peu d’influence si elle n’est pas liée à une émotion. Par exemple, si j’oriente ma pensée vers une «image» de la santé qui soit de plus en plus liée à «l’émerveillement» d’être en bonne santé, à ce moment-là, je suis en meilleure syntonie, la fréquence devient plus forte, plus puissante.
La pensée nous guide. Elle est une forme vivante, mais si on veut amorcer un vrai changement à un niveau précis, de façon très concrète, il faut que l’émotion entre en jeu, que le geste suive et que l’action à son tour exprime cette pensée-là ; vient aussi s’ajouter l’inconscient avec les nœuds pas encore dénoués, les problèmes de fond, les blessures et tout ce qui n’a pas encore été résolu. Tout cela pour vous expliquer que la pensée mentale volontaire n’est qu’une partie de cet ensemble.
Il faut surtout être à l’écoute de ce qui se passe en soi et cultiver les meilleurs états intérieurs ; c’est autant de terrain gagné, parce qu’il va se produire une sorte d’attraction, qui deviendra efficace à mesure que j’ai vraiment nettoyé le terrain et atteint une sérénité intérieure, fondée sur un travail de pacification de toutes les relations de ma vie.
MdG : Vous écrivez qu’il y a dans l’univers des lois de cause à effet et d’attraction. Pouvez-vous en dire davantage ?

Guy Corneau : La loi de l’attraction est basée sur un système de résonances. Par exemple, si une chose vous a humilié dans votre enfance, et si votre personnalité s’est construite en fonction de la peur de vous retrouver dans ce même genre de situation, vous vous exposez à la revivre, car vous portez encore en vous cette tension, cette résonance.

Pour la loi de cause à effet, je compare l’être humain à une antenne qui vibre selon ses états émotionnels et ses pensées et qui émet des ondes qui tisseront largement son destin. Par exemple, si je suis sans cesse amer et en colère, j’attirerai vers moi de plus en plus de situations frustrantes. C’est pourquoi il faut opposer des pensées et des gestes bienfaisants, qui entraîneront un cycle de résonance différent.

Les causes et leurs effets dépendent du regard que nous posons sur la réalité. On peut dire que c’est le principe de complémentarité, mais l’attraction dépend plutôt du fait de penser que ce qui m’arrive n’est pas gratuit mais porteur de sens.

Au fond, à mon insu, j’attire les situations qui sont justes pour moi. Il est intéressant de se demander : comment ai-je prêté intérieurement le flanc à telle mésaventure, à telle maladie, accident, rupture ou conflit ? Parce que, si j’accepte le principe qu’il existe une attraction qui sous-tend la réalité, je vais me dire que ce qui m’arrive n’est pas si anodin et cela vaut pour toutes les choses qui sont constamment reliées entre elles.

Prenons un autre exemple, je redoute la trahison parce que j’en ai commis une quand j’étais jeune. Maintenant que j’ai vieilli et mis cela de côté, je me dis non, il faut avoir confiance et, tout à coup, je me retrouve dans une situation ou je me sens à mon tour trahi. Probablement qu’il y a quelque chose concernant la trahison qui n’a pas été suffisamment approfondi. Je dois retourner à ce niveau-là.

Bien sûr, je peux aussi accuser l’autre, mais je vais rester sur ma propre blessure et j’aurai perdu à ce moment-là une opportunité de me guérir et de cicatriser. Il ne faut pas oublier qu’en jugeant et condamnant les autres, c’est souvent soi-même que l’on juge et condamne. Ce que l’on remarque chez eux et qui paraît si évident, correspond souvent à ce que l’on fait soi-même, mais sans s’en rendre compte.

Or, la difficulté de faire confiance entraîne, chaque fois que j’ai un élan créateur, ce même genre de peurs. Mais c’est mieux de les ressentir que de ne pas les ressentir. Cela va me permettre d’aller au-delà et d’acquérir une vraie confiance. Donc, je ne reste pas dans l’ignorance de ce que je suis, mais j’observe ce que je suis. Je vais tenter de mieux voyager sur l’onde de la confiance, mais pas en me faisant croire que je suis quelqu’un qui a parfaitement confiance en soi, alors que ce n’est pas vrai.

MdG : La maladie est-elle libératrice ?

Guy Corneau : La maladie vient dénouer une tension. C’est aussi pour mon être profond une façon toute naturelle de manifester son désaccord, un désaccord entre soi et soi-même dont je peux me servir comme d’un outil lumineux, car c’est ma créativité profonde qui crée cette maladie-là, et qui exprime ce désaccord. Les symptômes attirent mon attention pour que l’intelligence se mette à l’œuvre.

En acceptant les remises en question, on devrait guérir, mais quelquefois, les processus de dégénérescence du corps sont trop avancés, il n’y a plus assez de force vitale pour les inverser bien qu’au niveau plus subtil, la force soit toujours présente. C’est ainsi qu’on peut mourir d’un cancer tout en étant en union avec l’univers, parce qu’on n’a pas trouvé le ressort intérieur qui permet au corps de se guérir.

Il y a beaucoup de gens qui sont en conflit avec eux-mêmes. Le sens de cette souffrance, c’est qu’ils sont désalignés ou mal alignés par rapport à l’énergie créatrice de l’univers. Quand on dévie un peu, certains symptômes viennent le signaler.

MdG : Dans ce livre vous donnez une belle image lorsque vous demandez à chacun de déposer son armure pour se reposer, afin d’entrer dans son jardin intérieur où il devrait se ressourcer. Quel est ce jardin ?

Guy Corneau :Déposer son armure veut dire, retrouver la partie vivante et lumineuse de soi.

C’est une invitation à nous arrêter pour que ces moments deviennent bénéfiques et nous aident à gagner de l’autonomie par rapports à nos peurs. Se libérer ou, du moins, reconnaître ses entraves pour pouvoir regagner de la liberté par rapport à elles. C’est un mouvement qui peut être long, et qui peut demander beaucoup de courage.

Cependant, il n’y a pas d’obligations, le choix nous est donné par le libre arbitre, mais je dirais, en partie seulement, parce qu’on est conditionné, obnubilé par certaines choses, comme nos désirs, par exemple. Ce qui fait que la liberté humaine est très restreinte.

 

MdG : Pensez-vous que si chaque personne désirait s’améliorer personnellement, on pourrait changer la société ?

Guy Corneau : Non seulement je le crois, mais c’est la seule solution. On peut militer pour la paix mais il faut d’abord commencer par pacifier ses relations avec ses parents, enfants, ex-conjoints et conjointes, etc. Il faut absolument trouver une tranquillité intérieure, à ce niveau-là. Sinon, on traîne des boulets terribles qui créent, à la longue et à leur tour, des conflits et des guerres.

MdG : Trouvez-vous que l’enfant est un exemple pour les adultes ?

Guy Corneau : Oui, c’est un exemple de simplicité, car les adultes ont beaucoup de voiles, de peurs et d’insécurité. La force vitale est plus présente chez l’enfant. Le dalaï lama a dit : C’est quoi la différence entre un sage et un enfant, puisque le sage retourne à la spontanéité de l’enfant ?

L’enfant porte encore en lui le germe des complications futures, tandis que le sage a conquis ou reconquis sa spontanéité. Le sage s’est libéré de son égocentrisme, alors que l’enfant porte en lui le germe et devra faire son chemin à travers l’égocentrisme et la possession des choses, et faire des choix pour s’en affranchir. Mais il est vrai qu’au départ, il est plus naturellement vivant, et c’est pour cela que la nature, les enfants, les animaux nous aident beaucoup, parce qu’ils réveillent en nous la spontanéité que nous portons.

MdG : Vous parlez dans votre livre de la beauté de la parole. Je vous cite : «Le chant des oiseaux n’habite plus nos gorges ni le grondement des avalanches».

Guy Corneau : En fait, il s’agit du monde des sons. Les sonorités sont très importantes ainsi que les verbes, écouter, entendre, parler. L’oreille est beaucoup plus participative que l’œil. Si on ferme les yeux, on se met en rapport avec tous les sons et c’est plus facile d’entrer en communion. Alors que l’œil est beaucoup plus sélectif. C’est bon de fermer les yeux et d’écouter vraiment.

Mais il y a aussi les sons spécifiques, comme la sonorité du prénom qui fait résonner quelque chose de profond, ainsi que tous les sons dans lesquels on vit, et qui nous garde précisément en contact avec l’univers.

MdG : Dans votre livre, vous faites référence à la beauté…

Guy Corneau :Les êtres sont naturellement attirés par la beauté et donc, il est important d’aller vers les choses que l’on trouve belles, ou de les créer, ou encore de faire des mouvements que l’on trouve beaux et de les associer. On a alors un rapport naturel avec la beauté.

En regardant les beautés de la nature, nous avons des moments d’échange intense avec l’univers. Ceux-ci nous font sortir de notre coquille, de notre bulle, parce que nous sommes traversés et touchés par la beauté.

Il y aussi la beauté intérieure de l’être. Parler du meilleur de soi, c’est rechercher la partie la plus belle de soi-même, celle qui est naturellement amoureuse, qui a naturellement le goût des choses harmonieuses et lumineuses. Vous savez, je pense que les choses n’ont pas par elles-mêmes de raison d’exister.

Elles existent tout simplement dans leur beauté intrinsèque et leur perfection fondamentale.
MdG : Pourquoi l’instant présent est si important à vivre ?

Guy Corneau : Parce que c’est la seule chose qu’on a. Bien sûr, dans la vie concrète, il y a un passé, un présent et un futur, mais quand on est dans la présence, ces notions-là s’estompent.

Par exemple dans la méditation, la notion de temps disparaît. Plus on est dans la présence, plus les notions de futur, de passé deviennent relatives.

Le problème est toujours de se dire, je vais être heureux quand je vais avoir atteint quelque chose, alors on ne vit pas nécessairement le présent et on diminue notre présence.

MdG : Que pensez-vous de l’amour universel ? Et où le situez-vous ?

Guy Corneau : La force d’attraction, le mouvement créateur en action, c’est l’amour. Et à la limite, on pourrait dire que c’est la seule force qui existe. C’est la colle de l’univers, c’est ce qui colle les êtres et les réalités ensemble et qui permet l’attraction, le jeu universel, finalement.

Les religions ont séparé profondément la sexualité de la spiritualité. Etre possédé par sa sexualité n’est pas le problème de la sexualité. C’est la même chose qu’être possédé par ses peurs ou être possédé par un besoin de compensation.

C’est toujours la même question, je dois savoir quelle est ma véritable autonomie par rapport à cela.

Mais si je suis libre par rapport à cela, c’est bien sûr le même courant, l’amour qui me porte vers une femme ou l’amour qui me porte vers quelqu’un ou à travers une expérience, vers l’unité fondamentale des choses, c’est le même élan.

Par contre, à partir du moment où je deviens esclave, d’une bouteille, de biens matériels, de quelqu’un ou d’une jouissance particulière, je limite ce courant.

MdG : Est-ce que ce sont vos connaissances en psychologie qui vous ont amené à une recherche spirituelle ?

Guy Corneau : J’avais beaucoup de questionnements existentiels et philosophiques.

Lorsque j’étais plus jeune, je cherchais des réponses, j’étais très intéressé par la spiritualité et je voulais absolument trouver un lien entre elle et la psychologie. D’ailleurs, dans «Le meilleur de soi», ce lien existe : La voie spirituelle que je trouve acceptable et honorable n’est pas une fuite par rapport aux peurs, aux émotions et aux désirs, au contraire c’est un travail sur toutes ces questions, et donc, je ne refuse pas la rencontre avec l’humain.

MdG : Pourquoi écrivez-vous ?

Guy Corneau : J’écris pour que les gens se sentent rencontrés, c’est-à-dire que j’essaie de réveiller en eux leur réalité fondamentale.

Je tente d’inspirer leurs démarches personnelles. C’est aussi ma façon de participer aux changements et à la transformation collective.

MdG :Je vous remercie Monsieur Corneau d’avoir partagé avec nos lecteurs quelques-unes de vos réflexions !

Propos recueillis par Katherine Provost annexes :

La loi de l’attraction est basée sur un système de résonances. Par exemple, si une chose vous a humilié dans votre enfance, vous vous exposez à la revivre.

Quand on parle du meilleur de soi, c’est d’aller rencontrer la partie la plus belle de soi, qui a naturellement le goût des choses harmonieuses et lumineuses.

Rédigé par Marie Jose A

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