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On a aujourd’hui la preuve que quasiment n’importe quelle zone du cerveau est modelable, au prix d’efforts puissants mais accessibles, et que les zones corticales
« spécialisées » dans telle ou telle fonction sensorielle (toucher, vision, audition…) ou motrice (commandant nos centaines de muscles…) peuvent se remplacer les unes les
autres.
Une plasticité vertigineuse. Certaines personnes fonctionnent avec 90% des liaisons entre néocortex et bulbe rachidien rompues ! La « triple plasticité du
système nerveux » : sous l’influence d’émotions, d’images, de pensées, d’actions diverses, peuvent se produire plusieurs phénomènes :
Tout commence vraiment en 1959, le jour où Pedro Bach-y-Rita, vieux poète et érudit catalan émigré aux États-Unis, se retrouve paralysé par un accident vasculaire
cérébral (AVC). Le pronostic des spécialistes est rapide : rien à faire, il sera hémiplégique à vie et ses jours sont comptés.
Son fils, jeune psychiatre, refuse de croire son père fichu. Une inspiration « délirante » lui dicte de considérer le paralytique comme un nouveau-né et
de lui réapprendre tous les gestes à la base. Au bout d’un an d’exercices quotidiens acharnés, Pedro Bach-y-Rita jouera du piano, dansera et redonnera des cours à la faculté, à la stupeur des
toubibs.
Quand son père meurt, six ans plus tard, de sa « belle » mort, l’autopsie son cerveau montre cette chose stupéfiante : 97% des nerfs reliant son
cortex cérébral à sa colonne vertébrale avaient été détruits par l’AVC. Il a donc vécu durant six ans avec 3% de connexions seulement – et c’est sur cette base que son fils George l’a
rééduqué ! Mais les neurones correspondant à ces 3% se sont formidablement développés, pour remplir toutes les fonctions vitales – ce qui est strictement impossible en théorie. Paul
Bach-y-Rita va inventer une machine incroyable : un fauteuil qui, par transformation d’images en impulsions électriques, permettra à des aveugles de voir par la peau !
Trente ans plus tard, ce fauteuil pesant deux tonnes est devenu un appareil minuscule qui, au lieu d’envoyer ses « pixels électriques » à tout le dos de
la personne, lui irradie (très discrètement) la langue. Et de cette façon, l’aveugle « voit » avec sa bouche, suffisamment bien pour reconnaître la silhouette d’une actrice, ou éviter
un ballon qu’on lui envoie dessus ! Désormais, les neurologues décrivent les « zones » de notre cerveau comme des « processus plastiques interconnectés », susceptibles de
traiter des informations d’une diversité insoupçonnée.
Certes, ces zones ne sont pas sans spécialisation : la Zone de Broca joue bien un rôle essentiel dans le langage, comme la Zone de Wernicke en joue un dans la
vision. Mais ces spécificités ne sont pas aussi rigides et cloisonnées qu’on le pensait. La tendance « localiste » a des fondements puissants. Nos réflexes les plus archaïques dépendent
incontestablement de notre moelle épinière et de notre bulbe, et nos pulsions vitales de petites structures enfouies au centre de notre crâne, familièrement regroupées sous le terme de
« cerveau reptilien ». Quant à notre énorme néocortex, qui enveloppe le tout, il est clair que, sans lui, nous n’aurions aucune des capacités humaines, réflexion, langage,
discernement…
Il n’empêche : découvrir que tout cela est infiniment souple et adaptable donne un formidable souffle nouveau à notre connaissance de nous-mêmes et à nos
thérapies. Les conseils essentiels pour favoriser la neuro-plasticité sont simples :
Résumé d’un article de Patrice van Eersel pour la revue © Nouvelles Clés
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