« L’éducation relativiste » selon Henri Laborit

Publié le 29 Septembre 2010

   140px-Auguste Rodin - Grubleren 2005-02« L’éducation relativiste » selon Henri Laborit

Dans « l’éloge de la fuite »

 

« Il est bien sûr que l’enfant est l’entière expression de son milieu le plus souvent, même lorsqu’il se révolte contre lui puisque alors il n’en représente que la force inverse, contestataire. Il se comporte dans tous les cas par rapport aux critères des automatismes qui lui ont été imposés. Comment d’ailleurs un groupe social quel qu’il soit, s’il veut survivre, peut-il se comporter, si ce n’est en maintenant sa structure ou en tentant de s’approprier celle qui lui semble favorisée ? Comment un tel groupe social peut-il « élever » ses enfants, si ce ‘est dans le conformisme ou le conformisme-anti ?

Or, à partir de l’expérience humaine d’une époque, n’y a-t-il pas mieux à faire que de reproduire des schémas antérieurs ? Comment l’adulte pourrait-il s’en dégager, si toute l’éducation n’a fait qu’alimenter son système nerveux en certitudes admirables, ce qui ne laisse aucune indépendance fonctionnelle aux zones associatives de son cerveau ? L’éducation de la créativité exige d’abord de dire qu’il n’existe pas de certitudes, ou du moins que celles-ci sont toujours temporaires, efficaces pour un instant donné de l’évolution, mais qu’elles sont toujours à redécouvrir dans le seul but de les abandonner, aussi tôt que leur valeur opérationnelle a pu être démontrée. L’éducation que j’ai appelée « relativiste » me paraît être la seule digne du petit de l’homme. Bien sûr, elle n’est pas « payante » sur le plan de la promotion sociale, mais Rimbaud, an Gogh ou Einstein pour ne citer qu’eux, dont on se plaît à reconnaître aujourd’hui le génie, ont-ils jamais cherché leur promotion sociale ? Le développement de l’individualité qui en résulterait ne pourrait être que favorable à la collectivité, car celle-ci serait faite d’individus sans uniforme. Il me semble aussi qu’elle seule peut aboutir à la tolérance, car l’intolérance et le sectarisme sont toujours le fait de l’ignorance et de la soumission sans conditions aux automatismes les plus primitifs, élevés au rang d’éthiques, de valeurs éternelles jamais remises en cause.

Il est vrai que la notion de relativité des jugements conduit à l’angoisse. Il est plus simple d’avoir à sa disposition un règlement de manœuvre, un mode d’emploi, pour agir. Nos sociétés qui prônent si souvent, en paroles du moins, la responsabilité, s’efforcent de n’en laisser aucune à l’individu, de peur qu’il n’agisse de façon non-conforme à la structure hiérarchique de dominance. Et l’enfant pour fuir l’angoisse, pour se sécuriser, cherche lui-même l’autorité des règles imposées par les parents. A l’âge adulte il fera de même avec celle imposée par la socio-culture dans laquelle il s’inscrit. Il se raccrochera aux jugements de valeur d’un groupe social, comme un naufragé s’accroche désespérément à sa bouée de sauvetage.

Une éducation relativiste ne chercherait pas à éluder la socio-culture, mais la remettrait à sa juste place : celle d’un moyen imparfait, temporaire, de vivre en société. Elle laisserait à l’imagination la possibilité d’en trouver d’autres et dans la combinatoire conceptuelle qui pourrait en résulter, l’évolution des structures sociales pourrait peut-être alors s’accélérer, comme par la combinatoire génétique l’évolution d’une espèce est rendue possible. Mais cette évolution sociale est justement la terreur du conservatisme, car elle est le ferment capable de remettre en cause les avantages acquis. Mieux vaut alors fournir à l’enfance une « bonne » éducation, capable avant tout de lui permettre de trouver un « débouché » professionnel honorable. On lui apprend à « servir », autrement dit on lui apprend la servitude à l’égard des structures hiérarchiques de dominance. On lui fait croire qu’il agit pour le bien commun, alors que la communauté est hiérarchiquement institutionnalisée, qu’elle le récompense de tout effort accompli dans le sens de cette servitude à l’institution. Cette servitude devient alors gratification. L’individu reste persuadé de son dévouement, de son altruisme, cependant qu’il n’a jamais agi pour sa propre satisfaction, mais satisfaction déformée par l’apprentissage de la socio-culture.

 

Avec le recul de la vie, avec ce que j’ai appris de la vie, avec l’expérience des êtres et des choses, mais surtout grâce à mon métier qui m’a ouvert à l’essentiel de ce que nous savons aujourd’hui de la biologie des comportements, je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra dans sa vie d’adulte une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais … et si ses jugements par la suite lui font rejeter parfois avec  violence ces automatismes, c’est bien souvent parce qu’un autre discours logique répond mieux à ses pulsions et fournit un cadre plus favorable à sa gratification. Ses jugements resteront, bien qu’antagonistes de ceux qui lui ont été inculqués primitivement, la conséquence directe de ceux-ci. Ce seront encore des jugements de valeur.

Il nous avait gentiment prévenus que si nous voulions accéder à son royaume, il nous faudrait être comme des enfants. Ses paroles sont devenues un bouillon sirupeux dans lequel pataugent un infantilisme gâteux, un paternalisme infantilisé, un art en sucre d’orge, un langage grotesque, une caricature d’affectivité. Car son royaume n’était pas de ce monde, il était de celui de l’imaginaire, de celui des enfants. Il était la page vierge sur laquelle ne sont point encore inscrits les graffiti exprimant les préjugés sociaux et les lieux communs d’une époque.  C’était le monde du désir et non celui des automatismes, le monde de la créativité et non celui du travail ou de la leçon bien apprise. Celui qui pourrait être aussi le monde des Hommes et celui des lys des champs. Nous lui avons préféré celui de César et des pièces de monnaie, celui de la dominance et de la marchandise. Nous lui avons préféré le monde de la « culture » puisque celle-ci n’est en définitive que l’ensemble des préjugés et des lieux communs d’un groupe humain et d’une époque. L’enfant est inculte et c’est bien sa chance. Il est énergie potentielle et non cinétique, homogénéisée. Dès qu’il entre dans la vie, ses potentialités vont s’actualiser, se figer dans des comportements conformes, envahies par l’entropie conceptuelle, incapables de retourner à leur source, de remonter le cours du temps et de l’apprentissage. Alors que le sol vierge de l’enfance pourrait donner naissance à ces paysages diversifiés où faune et flore s’harmonisent spontanément dans un système écologique d’ajustement réciproques, l’adulte se préoccupe essentiellement de sa mise en « culture », en « monoculture », en sillons tout tracés, où jamais le blé ne se mélange à la rhubarbe, le colza à la betterave, mais où les tracteurs et les bétonneuses de l’idéologie dominante ou de son contraire vont figer à jamais l’espace intérieur. »

De toute façon si vous rencontrez quelqu’un vous affirmant qu’il sait comment on doit élever des enfants, je vous conseille de ne pas lui confier les vôtres. Les parents, en paroles du moins, consciemment, désirent avant tout le bonheur de leurs enfants. …. »

Voilà je vous laisse à vos pensées. Pour moi, il ne fait aucun doute que pour que le monde change, il serait bon de donner aux enfants les moyens de grandir en  laissant  leur « imagination » créer un nouveau monde ….

 

j'ai epprouvé le besoin de partager avec vous cet extrait, mais c'est tou le livre qui mérite d'être lu ....

 

à bientôt ......M.J.A

 

 

 

 

 

Rédigé par Marie Jose A

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Zabou 01/04/2011 11:32


Merci pour cet extrait qui m'a rappelée que le livre était dans la bibliothèque... :-)V
Vive les blogs! Je crois qu'il est temps de mieux faire connaître les travaux de Henri Laborit!


Marie Jose A 03/04/2011 07:39



Merci à vous, je vous souhaite de passer un moment aussi intéressant à sa lecture que celui que j'ai vécu... à lire et relire.... MJA